Fils du sénateur et ministre Camille Cabana, inspecteur des finances, ancien directeur de cabinet au secrétariat général du RPR, témoin décisif dans le procès des emplois fictifs et romancier publié chez Gallimard : Yves Cabana, né le 27 mai 1959 à Rabat, au Maroc, a traversé quatre décennies de vie publique française sans jamais vraiment occuper le devant de la scène. Son nom est pourtant revenu dans l’actualité à partir de 2020, lorsque son ex-épouse, la journaliste Anna Cabana — née Bitton, elle a conservé son patronyme après leur divorce —, a entamé une relation avec Jean-Michel Blanquer, alors ministre de l’Éducation nationale, qu’elle a épousé le 15 janvier 2022 à la mairie du Ve arrondissement de Paris.
En novembre 2024, Yves Cabana a quitté ses fonctions de directeur général des services du département des Yvelines, un poste qu’il occupait depuis le 14 avril 2014. Il se présente désormais comme auteur, consultant et administrateur indépendant. La plupart des articles disponibles en ligne n’ont pas intégré ce départ et le présentent encore à la tête de l’administration yvelinoise.
L’héritage politique de Camille Cabana
Comprendre Yves Cabana suppose de mesurer l’héritage familial. Son père, Camille Cabana, né le 11 décembre 1930 à Elne dans les Pyrénées-Orientales, était issu d’une famille de maraîchers catalans. Selon la fiche biographique du Sénat, il avait quitté l’école à quinze ans avant de travailler à l’administration des Postes au Maroc — c’est là que naîtra son fils, en 1959. Camille Cabana a intégré l’ENA par la voie interne, promotion Blaise-Pascal, puis a gravi les échelons de la préfectorale aux côtés de Maurice Doublet, préfet de l’Isère puis de Paris. Entré dans l’orbite de Jacques Chirac en 1977 à la mairie de Paris, il a occupé les fonctions d’adjoint aux finances, puis de secrétaire général de la Ville.
Trois fois ministre délégué entre 1986 et 1988 — chargé successivement de la Privatisation, de la Réforme administrative, puis des Rapatriés —, sénateur RPR de Paris de 1991 à 1995, nommé président de l’Institut du monde arabe en 1995, Camille Cabana est décédé le 2 juin 2002 à Paris, à 71 ans. À l’initiative de Jacques Chirac, une rue porte son nom à Marrakech et dans son village natal d’Elne.
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De l’ENA au secrétariat général du RPR
Diplômé de l’Institut d’études politiques de Paris et de la faculté de droit de Paris-Panthéon-Assas, Yves Cabana intègre l’ENA, promotion « Solidarité » (1981-1983). À sa sortie, il est affecté à l’Inspection générale des finances, où il effectue des missions d’audit et de contrôle de 1983 à 1987.
En septembre 1987, il devient conseiller technique au cabinet de Charles Pasqua, ministre de l’Intérieur, jusqu’en mai 1988. Dès août 1988, il est nommé directeur de cabinet d’Alain Juppé, alors secrétaire général du RPR. Il a tout juste 29 ans. Selon Le Monde et Le Parisien, il reste en poste jusqu’en mars 1993, période durant laquelle il est parallèlement rémunéré par la Ville de Paris, un arrangement qui deviendra l’un des faits centraux du procès des emplois fictifs.
En 1993, il rejoint le cabinet de Dominique Perben au ministère des Départements et Territoires d’outre-mer comme directeur de cabinet, poste attesté par une délégation de signature publiée au Journal officiel du 8 avril 1993. De juin 1995 à mai 1996, il est chargé de mission auprès du Premier ministre Alain Juppé à Matignon, en charge de la réforme de l’État et de la Nouvelle-Calédonie. Il est ensuite brièvement délégué interministériel à la Nouvelle-Calédonie avant de quitter la fonction publique d’État.
Le procès des emplois fictifs : « Tout le monde savait »
C’est son passage au secrétariat général du RPR qui vaut à Yves Cabana de figurer au cœur de l’affaire des emplois fictifs de la Ville de Paris. Mis en examen, il bénéficie d’un non-lieu et n’est pas renvoyé devant le tribunal. Mais le 2 octobre 2003, lors du procès en première instance, il est appelé à la barre à la demande de la défense de Louise-Yvonne Casetta, ancienne trésorière occulte du RPR. En une demi-heure, selon Libération, il prononce une phrase qui marquera la procédure : « Tout le monde savait. » D’après Le Monde, c’est la première fois qu’un ancien responsable du RPR fait un aveu aussi direct devant les juges.
L’année suivante, lors du procès en appel en octobre 2004, plusieurs prévenus tentent de faire porter sur lui la responsabilité exclusive du système. Robert Galley, ancien trésorier du parti et compagnon de la Libération, affirme à la barre que « c’était M. Cabana qui donnait les ordres ». Alain Juppé, plus nuancé, décrit son ancien bras droit comme « la cheville ouvrière de toute l’organisation logistique du RPR », tout en assurant n’avoir jamais été informé du dispositif frauduleux. La présidente de la cour d’appel de Versailles, Martine Ract-Madoux, résume l’invraisemblance de cette défense par une question restée célèbre : « Mais, alors, qui donnait les ordres dans cette maison ? »
Des proches cités par Le Parisien rappellent qu’Yves Cabana n’avait pas 30 ans lorsqu’il est arrivé auprès de Juppé, sans carte du RPR ni expérience partisane — un profil qui rend difficilement crédible l’hypothèse d’un système monté seul, à l’insu du secrétaire général et des trésoriers. Alain Juppé sera condamné en appel à quatorze mois de prison avec sursis et un an d’inéligibilité.
De Veolia au département des Yvelines
Après avoir quitté le microcosme politique, Yves Cabana passe par la Nouvelle-Calédonie, où il exerce entre 1997 et 2001 comme associé gérant d’un cabinet de conseil en développement commercial. En mars 2001, il est nommé adjoint au chef du service de l’Inspection générale des finances au ministère de l’Économie. Dès mars 2003, selon Les Échos, il rejoint Veolia Environnement comme conseiller du président Henri Proglio, puis devient secrétaire du comité exécutif et directeur du développement durable du groupe, poste qu’il occupe jusqu’en août 2010.
En juillet 2008, le Journal officiel enregistre sa nomination au grade de chevalier de la Légion d’honneur, au titre de l’écologie, en qualité de « directeur du développement durable dans un groupe industriel », pour vingt-cinq ans de services. En janvier 2009, il fait valoir ses droits à la retraite de l’Inspection générale des finances.
En avril 2014, Pierre Bédier, qui retrouve la présidence du conseil départemental des Yvelines après avoir purgé sa peine d’inéligibilité, le choisit comme directeur général des services. Selon Le Figaro, ce recrutement s’inscrit dans la volonté de Bédier de s’entourer de profils issus de la haute administration. Yves Cabana dirige parallèlement, à partir de 2016, les structures numériques départementales Seine-et-Yvelines Numérique et Yvelines Numériques.
Dans un message publié sur LinkedIn en novembre 2024, il annonce son départ définitif après exactement une décennie, revendiquant que le département est resté « le plus économe des deniers publics de tous les départements français » durant cette période. Il passe le relais à Alexandre Borotra et indique retrouver sa « pleine liberté d’expression ».
Un mariage, un roman et un divorce
C’est dans les années 2000 qu’Yves Cabana rencontre Anna Bitton, alors journaliste politique chez Marianne puis au Point. Leur mariage, célébré en 2009, donne à la journaliste le nom sous lequel elle deviendra une figure médiatique. En 2015, le couple accueille un enfant. La même année, Yves Cabana publie chez Gallimard son premier roman, 99 nuits, inspiré d’une légende chinoise : une courtisane promet de se donner au mandarin qui passerait cent nuits devant sa porte, mais celui-ci se lève et s’en va à la quatre-vingt-dix-neuvième. Le personnage principal, Corso, énarque et fils d’ouvrier, n’est pas sans évoquer certains traits biographiques de l’auteur.
Le couple divorce par la suite. La date exacte n’est pas publiquement documentée, mais la relation entre Anna Cabana et Jean-Michel Blanquer a été révélée par Voici en juillet 2020, ce qui situe la séparation au plus tard à cette date.
Sources : Le Parisien | Le Monde | Sénat – Fiche Camille Cabana | Journal officiel (JORF) | Gallimard
Jane Austin est auteure chez Actu Journal. Elle écrit sur l’actualité, les célébrités, les personnalités publiques et leurs parcours. Son objectif est de proposer des contenus clairs, accessibles et informatifs aux lecteurs.


